Si simple

8062009

« Moi et mes parents habitons à côté du Louvre et à côté il y avaient l’école et un immense zoo. Avec ma tatie, je suis allé voir maman qui est enceinte de Norbert. Il va naître dans 3 jours. J’ai un petit grillage pour empêcher le bébé de sortir.« 

B. (9 ans)

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Enfant Soldat

8062009

Enfant Soldat
Ne veut pas se battre.
Faire la guerre
Avec plein de haine?
Non, c’est pas pour lui.
Tu vois, il veut pas mourir.

Sous les balles
Oh! Là! Là! Ça fait mal!
Loin de ma famille
Dangereuse est ma vie!
Attendre la fin?
Tu vois, c’est pas mon chemin…

(Karim, 10 ans)

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L’enfant qui voulait faire une pause

7062009

Je m’appelle K. J’étais à l’Accompagnement à la Scolarité primaire il y a quelques années de ça, du temps des mises en scènes théâtrales. J’avais 9 ans. Mon histoire est l’histoire de ces enfants laissés sur le bord du chemin par des parents irresponsables… En réalité, je ne sais pas s’ils étaient vraiment irresponsables. J’aime à croire que peut-être ils ne savaient pas tout simplement s’occuper de nous, mes frères et moi, trop empêtrés dans leurs problèmes, ou trop faibles. J’aurais peut-être pu les aider. Peut-être. Je ne sais pas comment. Mais j’aurais sans doute pu. Ils ne me l’ont pas demandé. Et  moi j’ai eu beau me décarcasser pour trouver quoi faire, rien. Je me suis juste réfugié dans ce que je pouvais, essayant de ne pas voir, essayant surtout de ne pas comprendre. Mais je comprenais trop bien. Vous savez? On est très lucide quand on est un enfant. Oh! Ils ne m’ont jamais touché. Du moins je ne m’en souviens pas. Mais l’indifférence, je crois que c’est bien pire qu’une claque. Au moins quand la main de l’adulte te tombe dessus, tu existes.

Autour de moi? Le désert. Et la colère qui te prend à la gorge et fige tes lèvres, semant pagaille et violence. Alors je suis suivi par l’aide éducative de la sauvegarde à l’enfance. C’est eux qui m’ont envoyé voir Corinne et ses collègues. Pourquoi pas ? Un moment passé loin de chez moi avec des adultes qui me semblent capables de faire attention à moi, ça ne peut pas me faire de mal. Alors m’y voilà.

Je suis un solitaire, je me méfie des autres, je n’aime pas qu’on m’embête et si je joue, je veux que ça soit moi qui commande. C’est comme ça. Et ça ne passe pas. Je le sais bien, je ne suis pas idiot, les règles ici sont respect, coopération, collaboration, sourire, rire. Très peu pour moi. Je ne sais plus sourire. Ces gamins là rient pour un oui ou pour un non. Mais moi je n’ai plus envie de rire, j’aurais plutôt envie de pleurer mais je ne le veux pas, surtout pas, je ne suis pas un faible, je suis fort et les hommes ça ne pleure pas ! Je veux qu’on me laisse tranquille. Je fais ce que tu me demandes, Corinne, d’accord plus ou moins avec bonne humeur, d’accord, plus ou moins faut que tu insistes, d’accord plus ou moins tu me reprends, mais je le fais alors fiche-moi la paix. Et qu’eux surtout les autres me fichent la paix parce que sinon, je leur tape dessus!

Curieuse adulte que Corinne. J’ai l’impression que lorsque son regard se pose sur moi il me transperce et me voit vraiment. Pourtant j’ai une sacrée carapace! Je ne donne à voir que ce que je dois : dureté et colère. Ce sont les seules choses qui me protègent. Mais Corinne voit, je le sais, je suis mal à l’aise en sa présence et n’ose pas la regarder en face. J’ai vite compris qu’elle menait la barque ici, c’est le chef. Ouais, peut-être que je l’admire quelque part, peut-être. En tout cas elle semble respecter mon désir de solitude, même si c’est visible comme ça ne lui convient pas. Donc je la respecte. Donnant donnant.
Par contre, ça ne va pas avec l’autre adulte. De suite on a fonctionné sur un mode agressif. Je crois que ni l’un ni l’autre ne l’avons réellement voulu, ça s’est fait comme ça, comme cela se passe avec la majorité des adultes : c’est l’enfant donc il n’a rien à dire, il obéit et respecte les règles, quitte à imposer sèchement son autorité d’adulte ! Bref tout ce qui ne faut pas faire avec moi. Comment ça? Rien à dire ? Mais si tu savais tout ce que j’ai à dire, tout ce que j’ai même à hurler qui me bouffe chaque jour qui passe et m’empêche d’être un môme !!! Le clash était inévitable. Et il a eu lieu. Les circonstances, je ne m’en souviens pas. Mais je me souviens de ce qui s’est passé ensuite.

Corinne m’a pris à l’écart. J’étais furieux, je n’ai pas voulu m’asseoir, je ne voulais pas parler, pas m’expliquer, pourquoi moi? Pourquoi pas machin là? Ce n’était pas la première fois qu’on me prenait à l’écart pour me parler, les adultes sont friands de ces discussions à sens unique où ils se font un devoir citoyen, de suite les gros mots, de t’expliquer comment quand t’es un gamin, tu dois être. Ben ils se plantent royalement, j’en ai rien à battre de ces discussions où de toute manière quand t’es gamin, t’as forcément tort! Qu’est ce qu’ils savent de moi? Est ce que je leur dis moi, comment quand t’es grand, tu dois être? En fait, tout bien réfléchi, peut-être que je devrais parfois, ça leur apprendrait à vivre! De toute manière cette fois là je n’ai pas envie, ni d’écouter, ni de parler.
Corinne est fort calme. Ce qui m’étonne d’ailleurs car autant elle est très sympa, Corinne, autant quand elle se met en colère, ça déménage. Mais là elle n’est pas en colère. Et ça me déstabilise. Je sens son regard sur moi, ce regard qui pénètre et me voit. Je suis sûr que si je la regarde dans les yeux comme je sais le faire avec beaucoup d’adultes, je vais pleurer. Je ne suis pas bien aujourd’hui, bon sang vont-ils me lâcher un peu? Mais Corinne est assise devant moi, me fixant obstinément et me parlant doucement. Elle n’essaie pas de me faire la morale, ce qui me déstabilise encore plus. Parce que c’est qu’ils font d’habitude, tous : me faire la morale. Elle parle, glissant dans son monologue par moment des questions du type « qu’est ce qui ne va pas? Un problème chez toi? Tu ne veux pas en parler? » NON, je ne veux pas, fiche-moi la paix! Je les ai au bout des lèvres ces mots là… Mais je ne les dis pas, j’y arrive pas. Et bon sang, je vais pleurer, il ne faut pas que je pleure, c’est un signe de faiblesse. Et ça me met tellement mal à l’aise que je finis par jeter avec agacement, totalement excédé :
« Si ça te plaît pas, t’as qu’à me virer ! »
Et là je la regarde en face, sûr de moi, provocateur comme je sais si bien l’être dans ma petite vie de rien du tout. Je lui tends une perche formidable, non? En lui donnant l’occasion rêvée de se débarrasser de ma lourde présence! Je suis passé maître dans l’art de faire ça.

Corinne sourit. J’étais certain qu’elle allait sauter sur l’occasion. Et bien non.
« C’est trop facile, ça. Répond-elle. Je ne te donnerais pas cette satisfaction, K. Si tu veux partir d’ici, tu peux. Tu es libre, ce n’est pas obligatoire. Mais ce sera ton choix. Je ne te virerai pas. Pour moi tu es quelqu’un de bien, tu fais du beau boulot, j’aime travailler avec toi. Mais je ne te forcerai pas à rester. Et sache que je respecterai ton choix, je me charge même de l’expliquer à tes éducs, si tu veux.  Sache aussi que je ne souhaite pas que tu partes. Que personne ici ne souhaite que tu partes. Mais tu es libre de partir si toi tu le souhaites. C’est toi qui décides. »
J’en suis encore maintenant baba. C’est moi qui décide ? Mais j’en veux pas de cette décision, moi, ce n’est pas moi qui prends ce genre de décisions, ce sont les adultes, enfin c’est comme ça que ça se passe d’habitude, c’est souvent injuste, ça donne une consistance à ma rage… Je réalise tout à coup qu’elle me renvoie en pleine figure ma responsabilité sur ce que je vis. Tout à coup, je réalise que si je pars d’ici, ce sera de ma faute, et non pas la leur! Ah! Mais c’est que ça change tout!

Alors je suis resté. Oui. Je n’ai pas envie de partir. Je n’en ai jamais eu envie. J’ai pris la décision de continuer avec eux, à la grande satisfaction de Corinne. Et vous savez quoi? J’ai réussi à travailler avec l’autre adulte, avec les autres gamins aussi, j’ai même réussi à sourire. De nouveau. Oh! Je n’ai pas résolu mes problèmes, non, mais j’ai fait une pause. Et ça fait du bien.

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